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S’inspirer de la low-tech : vers un low-tourisme ?

Date de publication : 21 juin 2021 Auteur : Caroline Le Roy

(Crédit photo : Paper Boat Creative – Getty)

Ça ne vous aura pas échappé, ces débats autour de la 5G, de l’exploitation des données personnelles via le big data et de manière générale de la place de la high tech dans notre société. A contre-courant, la low-tech avec son slogan de « faire plus et mieux avec moins » nous invite à prendre le virage de la frugalité pour lutter contre la surconsommation et le gaspillage des ressources.

Low-tech, quésako ?

Le terme low-tech qualifie toutes les technologies (objets, systèmes, techniques, services, savoir-faire, modes de vie, …) intégrant les 3 principes d’utilité, d’accessibilité et de durabilité :

– Utile et répondant à nos besoins essentiels comme s’hydrater, se nourrir, se loger, être en bonne santé, pouvoir se déplacer, s’instruire.

– Accessible et appropriée au plus grand nombre dans la simplicité et la tarification adaptée de ces technologies dites « basses », tendant ainsi vers une meilleure autonomie de chacun qui sous-entend une fabrication ou réparation locale.

– Durable et cherchant à limiter nos impacts négatifs sur la société, tant sociaux qu’écologiques, notamment dans l’ensemble des étapes du cycle de vie des technologies (de la conception et diffusion à son usage et fin de vie).

Des questions à se poser tournées vers une philosophie frugale

– Une question centrale à l’esprit low-tech : en ai-je besoin ? Pourquoi acheter ?

En effet, il parait important de penser global lors de l’achat ou l’utilisation d’un produit ou d’un objet même low et d’avoir un tête son cycle de vie. Une voiture électrique va par exemple consommer moins durant son utilisation qu’un diesel mais va nécessiter davantage de ressources (métaux rares, énergie, …) lors de sa production et de son recyclage. 

– Qu’est-ce qui est le plus impactant ?  

C’est tout le dilemme de notre consommation, si nous avions la réponse ! Vaut-il mieux acheter du neuf et éthique ou de l’occasion plus polluant ? Faut-il privilégier les produits locaux aux produits labellisés ? Encore mieux que la low-tech, la no-tech !!

– Est-ce que ce produit est humainement et écologiquement « soutenable » ?

C’est-à-dire est-ce qu’il est solide, réparable voire recyclable et dans quelles conditions est-il produit ? Des fab-lab et repair cafés poussent un peu partout en France et invitent les utilisateurs à s’interroger sur le fonctionnement de leurs objets, luttant ainsi contre l’obsolescence programmée. On souligne le projet de loi sur la mise en place de l’indice de réparabilité et la transparence aux consommateurs sur la durée de vie des objets.

– Comment tendre vers une résilience accessible ?

En effet, il ne faudrait pas tomber dans une forme d’élitisme, où seuls les ingénieurs pourraient prôner la « low-life ». Ces technologies se veulent économiquement abordables et ouvertes au plus grand nombre. Cette accessibilité passe notamment par une simplification de la chaîne logistique localisée.

Low-tourisme, entre enjeux et opportunités 

La low-tech représente des opportunités vertueuses pour le secteur touristique, tant dans son raisonnement que dans la production de technologies.

– Hébergements : entre habitat biosourcé et micromaison

La rénovation énergétique représente un véritable enjeu de lutte contre le dérèglement climatique : écoconstruction, auto-construction, matériaux naturels et techniques ancestrales. De l’ossature bois, aux murs en terre ou isolation en paille, inspirons-nous de savoir-faire traditionnels. Ce ne sont pas les systèmes D faits soi-même dans l’esprit DIY (Do It Yourself) comme la marmite norvégienne ou le frigo du désert qui manque ! On trouve beaucoup de tutoriels sur le site de la Low-tech Lab. A cela s’ajoute le succès des tiny houses, considérées comme de l’insolite mais surtout low ! Séjourner dans une maison de 20 m2 lorsqu’on est en vadrouille toute la journée, une approche plutôt intéressante !

– Numérique : de l’open source au digital détox 

Tendre vers une indépendance face aux GAFAM en réduisant les impacts du numérique et de manière générale en limitant nos usages du numérique, notamment internet. Des alternatives existent, moins polluantes et en libre accès (logiciel libre comme Framasoft disponible sur « dégooglisons internet »). La sobriété numérique commence à être intégrée dans nos métiers, notamment dans les cahiers de charges des refontes de sites web qui se veulent plus sobres voire minimalistes : images compressées, moins de pub, fond uni, … Fini les 10 posts Facebook par jour, on fait moins mais on fait mieux ! Et dans les séjours, les vacances digital détox cartonnent. Les accros à leur smartphone sont prêts à payer plus cher pour être dans une zone blanche, sous le concept de déconnexion du quotidien et reconnexion à la nature.

– Solidarité et entraide

Pourquoi ne pas profiter de ses vacances pour se rendre utile et apprendre les travaux manuels ? Des chantiers participatifs, au wwoofing, en passant par les « voyages à mission » (exemple : Travel with a mission), différentes plateformes proposent des séjours de volontariat notamment à la ferme. Donner de son temps pour aider les autres est plutôt un joli thème de vacances.

On peut aussi se former via des stages ou ateliers immersifs tendant vers l’autosuffisance alimentaire ou énergétique : apprendre à construire son four solaire, créer sa propre machine agricole, … L’Atelier Paysan aide les agriculteurs à se former à l’auto-construction, représentant ainsi un atout pour l’agritourisme.

– Mobilité et véhicules low-tech :

On peut citer Corentin De Chatelperron, initiateur du projet « nomade des mers » et ambassadeur international des projets low-techs et son bateau version arche de Noé écolo. Difficile équilibre entre carburant et électrique. Des alternatives au pétrole constituent des trajectoires pour la mobilité : agrocarburants, méthanisation, hydrogène pour lister les plus connus. Les voitures du futur se veulent allégées (poids, énergies), mutualisées et collectives (« auto partage ») et accessibles (en localité et en prix). La meilleure solution restant l’itinérance à pied où les impacts concernent l’achat de vos chaussures et du matériel de randonnée. 

Après un aperçu des enjeux et opportunités d’un « low-tourisme », c’est le moment de se lancer et d’avoir en tête quelques principes éco-LOW-giques :

– Explorer et expérimenter des système D pour une consommation plus frugale ;

– Se questionner sur ses besoins et l’utilité d’acheter (pression sociétale ou aspiration individuelle ?) ;

– Déconnecter et revoir son rapport aux technologies ;

– Prendre le train en marche des mouvements collectifs de la low-tech, de l’ESS (économie sociale et solidaire, …) – chacun a un rôle à jouer et des compétences / connaissances à partager.

A vous de vous jeter à low !

Aller plus loin 

– Low-tech lab : https://lowtechlab.org 

– Low-tech nation https://lowtechnation.com/ 

– La fabrique écologique https://www.lafabriqueecologique.fr/ 

– Podcast France culture – « low-tech, comment faire plus et mieux avec moins » https://www.franceculture.fr/emissions/de-cause-a-effets-le-magazine-de-lenvironnement/low-tech-comment-faire-plus-et-mieux-avec-moins 

– Hors série de Socialter : l’avenir sera low-tech : https://www.socialter.fr/produit/hors-serie-n-6 

– L’âge des low-tech par Philippe Bihouix https://www.seuil.com/ouvrage/l-age-des-low-tech-philippe-bihouix/9782021160727 

Soutenir le financement participatif pour le film Low-tech : https://lowtech-lefilm.com/

Caroline Le Roy

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